Bettina Bochynek

Veiller dans le monde et dans les différents pays au respect des décisions prises à la CONFINTEA VI exige une stratégie, une matrice et des partenaires collaborant constamment à cette tâche. Il ne s’agit pas ici d’une évaluation unique et ponctuelle, mais d’un processus continu et aussi participatif que possible, dont les résultats doivent servir à aider les gouvernements et les autres acteurs de l’éducation des adultes à développer leurs secteurs de l’éducation.

Vingt mois après la CONFINTEA VI

Contexte et logique de la CONFINTEA VI

La CONFINTEA VI a été conçue comme le maillon d’une plus grande chaîne. Les réunions entre les pays, les réflexions, les débats et les dialogues politiques qui l’avaient précédée – notamment la CONFINTEA V avec la «Déclaration de Hambourg et l’agenda pour l’avenir» – s’étaient attachés à défendre l’éducation des adultes et avaient démontré la valeur de l’apprentissage et de l’éducation des adultes en préparant les gens à prendre leur existence en main et à l’améliorer. Grâce à ces efforts et eu égard au rythme de plus en plus rapide des mutations du monde et aux problèmes non résolus qui y règnent, on reconnaît généralement de plus en plus qu’il ne faut plus laisser en friche les ressources de l’actuelle population adulte.

Au plan politique, il semble de plus en plus admis qu’il faut exploiter le savoir, les compétences et le potentiel des adultes et les enrichir en permanence pour affronter les multiples défis dans notre monde en rapide mutation et en crise. Le paradigme de l’apprentissage tout au long de la vie avancé par la CONFINTEA V (1997) comme la «clé du 21e siècle» a été validé par la CONFINTEA VI. De plus, la CONFINTEA VI a souligné que l’apprentissage et l’éducation des adultes à tous les niveaux et dans toutes leurs dimensions étaient des éléments essentiels de l’apprentissage tout au long de la vie et que le droit humain à l’éducation incluait le droit d’apprendre à l’âge adulte.

Quoi qu’il en soit, la réalité dans le monde est tout autre. Le premier «Rapport mondial sur l’apprentissage et l’éducation des adultes» (GRALE 2009) rédigé par l’Institut de l’apprentissage tout au long de la vie de l’UNESCO (UIL), principalement étayé par les rapports nationaux des États membres de l’UNESCO présentés durant la période préparatoire de la CONFINTEA VI, a révélé une situation qui donne évidemment à réfléchir. Malgré un certain nombre de progrès relatifs aux politiques et conditions régissant l’éducation des adultes et l’apprentissage tout au long de la vie, notamment dans quelques pays ou sous-régions engagés, la majeure partie des politiques nationales de l’éducation, culturelles et sociales ne priorisent pas en réalité l’apprentissage et l’éducation des adultes comme on s’y était attendu à la suite de la CONFINTEA V. Les financements insuffisants, la sous-qualification du personnel enseignant et du secteur tout entier, le manque de coordination au sein des ministères et l’absence de coopération entre les dépositaires d’enjeux étaient ici les principaux points cruciaux. À ceci s’ajoute le fait que l’apprentissage des adultes – souvent confondu avec l’apprentissage tout au long de la vie – a été réduit à une notion économique dans une partie du monde et limité à l’éducation de base et à l’alphabétisation dans l’autre partie. Il est aussi communément admis que la part concrète de l’éducation des adultes dans le développement global n’est pas reconnue jusqu’à ce jour.

C’est dans ce climat que la CONFINTEA VI a entrepris de remobiliser la communauté internationale et de ranimer l’élan politique en faveur de l’apprentissage et de l’éducation des adultes. Concrètement, le but primordial de la CONFINTEA VI consistait à inciter la communauté mondiale à prendre un certain nombre de mesures cruciales, à savoir pour passer du discours à l’action.

La CONFINTEA V avait évité les délibérations thématiques et tenté de se concentrer sur des préoccupations orientées vers l’action et la mise en œuvre. Les recommandations du Cadre d’action de Belém, adoptées à la CONFINTEA VI peuvent être décomposées en trois parties:

  • La première partie comporte un ensemble de recommandations et d’engagements de la part des pays en vue de développer l’alphabétisation et l’éducation des adultes dans l’optique d’un apprentissage tout au long de la vie. Ces recommandations et engagements s’articulent sur des domaines clés de l’apprentissage et de l’éducation des adultes qui sont les suivants: développement politique, systèmes de gouvernance, modes de financement, élargissement de la participation et garantie de l’équité, contrôle de la qualité et alphabétisation des adultes.
  • La seconde partie contient des recommandations et engagements spécifiques à l’encontre des pays, visant à leur faire prendre des mesures nationales et régionales de suivi et de transparence. L’un des principaux engagements à prendre concerne la collecte régulière tant attendue d’informations au sujet des activités d’apprentissage des adultes, y compris leur évolution, et leur analyse, ces données devant être classées par sexes et en fonction d’autres facteurs. En ce qui concerne le Cadre d’action de Belém, les pays se sont engagés à mettre en place des mécanismes de suivi régulier pour évaluer sa mise en œuvre et préparer des rapports sur les progrès nationaux.
  • Enfin, la troisième partie donne à l’UNESCO la mission de soutenir la suite et le suivi du Cadre d’action de Belém à l’échelle internationale. Concrètement, elle exige de l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL), en coopération avec l’Institut de statistiques de l’UNESCO (ISU), de coordonner le processus mondial de suivi. Afin de présenter un compte rendu régulier des progrès réalisés dans le domaine de l’apprentissage et de l’éducation des adultes, d’autres éditions du «Rapport mondial sur l’apprentissage et l’éducation des adultes» (GRALE) paraîtront à l’avenir.

Plénum

 

 

 

Plénum
Source: Björn Otte, UNESCO

 

 


Premières étapes pour coordonner le processus de suivi

Un instrument essentiel pour guider et soutenir l’UNESCO dans la coordination du processus de suivi est le groupe consultatif de la CONFINTEA créé début 2010. Pour l’instant, il se compose de représentants des pays (Brésil, Hongrie, Kenya, Mexique, Maroc, Corée du Sud, Tunisie et Royaume-Uni) qui avaient assumé une responsabilité particulière dans la préparation de la CONFINTEA VI ou dans sa mise en œuvre, d’organisations régionales ou internationales, dépositaires d’enjeux clés (Association pour le développement de l’éducation en Afrique/ADEA, Organisation des États ibéro-américains/OEI, Conseil international de l’éducation des adultes/CIEA, DVV International, et le Global Learners’ Network), et de services de l’UNESCO (entre autres l’ISU). Des agences de l’ONU et des organisations multilatérales ont été invitées à rejoindre le groupe et continuent d’être conviées à ses réunions. Toutefois, leurs réactions restent assez limitées.

 Participer au groupe consultatif de la CONFINTEA implique un engagement à long terme, tant du point de vue institutionnel que personnel. La mission du groupe consultatif consiste à dresser un état des lieux et à donner un nouvel élan aux activités entreprises à la suite de la CONFINTEA VI. Dans l’idéal, il devrait faire quasiment fonction de groupe de pression en faveur de l’apprentissage et de l’éducation des adultes, et ses membres devraient s’engager personnellement dans leurs pays et régions comme défenseurs et multiplicateurs du Cadre d’action de Belém.

Jusqu’à présent, le groupe consultatif de la CONFINTEA s’est réuni deux fois, la première fois en mars 2010 à l’UIL et la seconde en mai 2011 à Mexico. Lors de sa première réunion, il a mis au point une stratégie des activités à entreprendre à la suite de la CONFINTEA VI et s’est accordé sur la nécessité d’une communication accrue et une approche systématique du suivi du Cadre d’action de Belém. Mexico a accueilli la première conférence régionale (pour l’Amérique latine et les Caraïbes) organisée à la suite de la CONFINTEA qui a en même temps été la seconde réunion du groupe consultatif. L’un des principaux résultats de cette seconde rencontre à Mexico ont été les conseils fournis par le groupe au sujet de l’ébauche du questionnaire préparé par l’UIL pour faire un compte rendu des premiers progrès nationaux réalisés après la CONFINTEA. De premiers éléments des activités de suivi à mettre en œuvre dans les pays arabes, l’Afrique et la région Asie-Pacifique ont été examinés et planifiés. Ils seront mieux explicités et mis en œuvre à la fin de l’année 2011 et en 2012.

Préparer les outils de suivi

«Que voulons-nous vraiment savoir?» C’est en gardant cette question présente à l’esprit que l’UIL et son institut frère l’ISU (l’Institut des statistiques de l’UNESCO, implanté dans la ville canadienne de Montréal) ont entrepris de concevoir une stratégie et des instruments de soutien pour le processus de suivi.

Deux documents sont issus de ce travail: premièrement la Stratégie générale de suivi qui résume les éléments et les mesures déjà prises ou prévues à différents niveaux en matière de développement de l’apprentissage et de l’éducation des adultes dans le cadre et au-delà de la mise en œuvre du Cadre d’action de Belém. Cette stratégie doit servir d’outil pour guider le processus global de suivi. Parallèlement, l’UIL et l’ISU ont préparé un second document, la Matrice globale de suivi, qui est l’outil technique pour prioriser les recommandations et engagements du Cadre d’action de Belém, et pour aider à les suivre de manière spécifique.

Ces deux documents ont été mis à la disposition de dépositaires d’enjeux gouvernementaux et non gouvernementaux pour les inciter à entamer un débat et provoquer leurs réactions. En octobre-novembre 2010, le Forum international de consultation en ligne a mobilisé plus de trois cents participants du monde entier. Il offrait un espace collectif pour partager des expériences, présenter des activités en cours et échanger sur les difficultés que pose le suivi de l’apprentissage et de l’éducation non formels des adultes, ainsi que sur les activités entreprises spécifiquement par des pays ou des réseaux à la suite de la CONFINTEA VI. Parmi les nombreux débats et propositions qui se firent jour lors du forum en ligne, nous en distinguerons trois: la nécessité d’exploiter une plus grande variété de ressources en dehors des rapports nationaux concernant le processus de l’après-CONFINTEA VI, notamment en vue de préparer les «Rapports mondiaux sur l’apprentissage et l’éducation des adultes» (GRALE) devant paraître après la CONFINTEA VI; la nécessité de se représenter la participation au-delà des pourcentages d’inscription et de faire un relevé des tendances auxquelles cette participation est soumise au fil du temps; enfin, la nécessité de faire reposer toute action et tout suivi en matière d’alphabétisation sur le concept de «l’alphabétisation en tant que continuum».

Table ronde

 

 

Table ronde
Source: Claudia Ferreira

 

 

 

En janvier 2011, l’UIL a organisé une conférence internationale de spécialistes dans ses locaux à Hambourg pour poursuivre le débat et obtenir davantage de conseils de la part de représentants gouvernementaux concernant le suivi du Cadre d’action de Belém. L’un des résultats essentiels de cette réunion sont les suggestions faites pour les prochains numéros du GRALE qui sera l’outil principal pour dresser un état des lieux global des activités mises en œuvre à la suite de la CONFINTEA. Une proposition spécifique consiste à se concentrer sur un aspect thématique dans chaque numéro à paraître du GRALE, en plus de fournir un aperçu des progrès réalisés dans tous les domaines clés du Cadre d’action de Belém. L’alphabétisation des adultes est le thème principal qui a été proposé pour le prochain GRALE, dont la sortie est prévue pour fin 2012. Lors de la réunion, plusieurs domaines de recherche particuliers ont été proposés pour obtenir des informations que les rapports nationaux ne peuvent pas fournir. Ces domaines de recherche étaient les suivants: les définitions conceptuelles, les mécanismes de financement et la reconnaissance, la validation et l’homologation de l’apprentissage. Enfin, la réunion a produit des suggestions concrètes concernant le questionnaire pour les rapports nationaux sur les progrès réalisés.

Stratégie générale de suivi

Servant d’outil pour guider les activités de suivi, la Stratégie générale de suivi est un modèle théorique et présente un scénario idéal. Compte tenu de ça, la Stratégie générale de suivi suit plusieurs principes:

  • Le suivi n’est pas une fin en soi; les activités entreprises à cet égard doivent servir le développement de l’apprentissage et de l’éducation des adultes.
  • Les activités nationales sont au centre de cette stratégie; les pays doivent s’approprier sa mise en œuvre et son suivi.
  • Tous les dépositaires d’enjeux doivent participer. La mise en œuvre et le suivi doivent reposer sur des partenariats au sein des gouvernements (intra et interministériels) et entre les gouvernements et les dépositaires d’enjeux de la société civile, des ONG, le secteur privé, des organismes et réseaux de recherche, et des organisations d’apprenants.
  • Les activités de suivi doivent être intégrées et simultanées; le suivi du Cadre d’action de Belém doit être aligné sur le suivi d’opérations faisant partie d’autres calendriers, tant au sein des pays qu’au plan international – notamment en ce qui concerne les calendriers de l’Éducation pour tous (EPT) et des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

Les éléments suivants, consécutifs et parallèles en même temps, et conduisant aussi les uns aux autres dans un processus cyclique, sont contenus dans la Stratégie générale de suivi:

a) Mise en place d’opérations de suivi: ex. plans nationaux d’apprentissage et d’éducation des adultes avec mécanisme de suivi intégré; comité nationaux réunissant tous les dépositaires d’enjeux à l’intérieur et hors des gouvernements pour coordonner le développement de l’apprentissage et de l’éducation des adultes, et leur suivi.

b) Développer des indicateurs et des objectifs contextualisés en fonction des priorités nationales et harmonisés avec d’autres calendriers régionaux et/ ou mondiaux.

c) Recueillir des données et évaluer les progrès par le biais d’activités nationales et régionales de suivi; collecte régulière d’informations effectuée par des bureaux de statistiques et l’Institut de statistiques de l’UNESCO (ISU), et recherches ciblées.

d) Rédiger des comptes rendus et diffuser les résultats, y compris via les rapports nationaux de la CONFINTEA sur les progrès réalisés, les rapports de suivi sur l’EPT (Rapport mondial de suivi) et sur les OMD, et les «Rapports mondiaux sur l’apprentissage et l’éducation des adultes» (GRALE) à paraître.

Matrice globale de suivi

L’idée fondamentale de l’UIL et de l’ISU en ce qui concerne la Matrice globale de suivi consistait à créer un outil pour opérationnaliser le Cadre d’action de Belém. La Matrice priorise les vastes catégories et les recommandations complètes du Cadre d’action de Belém, qui se chevauchent parfois, et les décompose en éléments plus distincts.

La Matrice se concentre sur des domaines et objectifs clés du Cadre d’action de Belém (politique, gouvernance, financement, participation et inclusion, et qualité). Cependant, l’alphabétisation des adultes, domaine à part dans le Cadre d’action de Belém, a été intégrée dans d’autres sections de la Matrice de façon à ce que l’on puisse la prendre en compte et se charger de son suivi transversalement.

 

 

 

 

 

Il est essentiel de ne pas perdre de vue que la Stratégie générale de suivi et la Matrice globale de suivi évoluent. Elles changeront avec le processus de suivi luimême et s’adapteront aux évolutions et aux exigences qui changent.

La Matrice globale de suivi, notamment, est conçue comme un gabarit: le terme «globale» donne l’idée d’un outil général de base, censé être utilisé, adapté et contextualisé par toute personne intéressée par un suivi du Cadre d’action de Belém et nécessitant un tel outil. Les réponses indicatives contenues dans la Matrice peuvent être développées de façon à en faire des indicateurs et des objectifs.

La première conférence régionale organise à la suite de la CONFINTEA VI

Une première adaptation de la Matrice globale de suivi dans un contexte particulier a été entreprise lors de la première conférence régionale organisée à la suite de la CONFINTEA VI pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Le Mexique, un des membres du groupe consultatif de la CONFINTEA, a accueilli la conférence intitulée «De l’engagement à l’action: progresser sur le calendrier de la CONFINTEA» qui s’est tenue du 25 au 27 mai 2011 à Mexico. Quelques 250 participants de 48 pays, y compris quatre ministres, trois vice-ministres et des représentants d’organisations internationales et régionales gouvernementales et non gouvernementales y ont assisté.

Sous la direction du bureau régional de l’éducation de l’UNESCO à Santiago du Chili (OREALC), en collaboration avec l’UIL, la Matrice globale a été enrichie de trois éléments: 1) les besoins prioritaires pour la région dans n’importe quel domaine essentiel du Cadre d’action de Belém, 2) des exemples choisis de progrès nationaux ou régionaux réalisés dans ces domaines et 3) des «points d’action» nationaux et régionaux proposés à mettre en œuvre.

Durant les trois jours de la conférence, les participants de la région ont partagé leurs expériences sur les progrès et défis dont il est fait état, et sur les projets associés dans leurs pays aux activités faisant suite aux engagements pris dans le Cadre d’action de Belém. Toutefois, étant donné que la conférence s’est déroulée juste un an et demi après la CONFINTEA VI, peu de progrès ont pu être rapportés. Malgré l’impact de la crise financière mondiale, on a pu tout au moins observer que dans un certain nombre de pays de la région, le droit à l’éducation publique gratuite et même à l’apprentissage tout au long de la vie pour tous trouvaient une reconnaissance de plus en plus large. Les débats menés lors de la conférence ont souligné qu’il était nécessaire de rehausser le profil de l’apprentissage et de l’éducation (des jeunes et) des adultes dans une optique sectorielle et intersectorielle en multipliant les alliances avec d’autres secteurs, partenaires et acteurs, et en entretenant une culture de l’apprentissage tout au long de la vie dans les sociétés d’Amérique latine et des Caraïbes.

La valeur supplémentaire de la conférence résidait dans le débat sur les points d’action qui aideront à progresser sur le calendrier de la CONFINTEA dans la région. Au terme de la conférence, les participants ont examiné et proposé 55 points concrets d’action nationale (26 points) et régionale (29 points). Ces points d’action ont été incorporés dans la «Matrice régionale de mise en œuvre et de suivi du Cadre de Belém pour l’Amérique latine et les Caraïbes», et marquent le résultat crucial de la première conférence régionale de suivi.

Questionnaire pour les rapports nationaux sur les progrès réalisés – en vue de la publication du GRALE 2012

L’UIL et l’ISU se sont aussi servis de la Matrice globale de suivi pour développer le questionnaire destiné à la rédaction des rapports sur les progrès réalisés après la CONFINTEA VI. Bien que ces rapports nationaux ne soient pas la seule source sur laquelle se base le premier «Rapport mondial sur l’apprentissage et l’éducation des adultes» (GRALE) suivant la CONFINTEA, et dont la publication est prévue pour fin 2012, ils fourniront une partie importante des informations utilisées pour sa rédaction.

Comme on l’a proposé lors de la conférence internationale de spécialistes sur le suivi du Cadre d’action de Belém qui s’est tenue au début de l’année, le GRALE 2012 sera principalement consacré à l’alphabétisation des adultes. 2012 marquera aussi la fin de la Décennie des Nations unies pour l’alphabétisation (DNUA). Par conséquent, en collaboration avec le siège de l’UNESCO, un questionnaire combiné a été élaboré non seulement pour suivre les progrès réalisés dans les domaines de l’apprentissage et de l’éducation des adultes, et dans la mise en œuvre du Cadre d’action de Belém, mais aussi pour évaluer les résultats de la DNUA. Ainsi des idées et informations de ces deux calendriers – qui sont étroitement liés – s’enrichiront-elles mutuellement.

Un comité de rédaction, composé pour l’instant de représentants de Chine, d’Équateur, d’Afrique du Sud, du Royaume-Uni, des USA ainsi que de l’ISU et de l’UIL a été mis sur pied. Lors de leur première réunion en juillet 2011, ils se sont déjà penchés sur les grandes lignes du GRALE, et ont examiné les sujets spécifiques de documents d’information. Ce processus est actuellement en cours. La grande nouvelle: après approbation technique et formelle finale, le questionnaire sera envoyé aux pays en octobre 2011. L’UIL veillera à le rendre disponible en ligne et à ce que son envoi s’accompagne d’un lancement public pour que tous les dépositaires d’enjeux des pays respectifs puissent prendre l’initiative d’approcher les ministères en vue de prendre part à la réalisation des rapports nationaux.

Des défis persistants

Différentes interprétations conceptuelles – bonnes ou mauvaises – persistent encore et freinent un développement plus rigoureux et systématique de l’apprentissage et de l’éducation des adultes. La notion selon laquelle tout dans l’éducation fait partie d’un système global d’apprentissage tout au long de la vie dans lequel l’éducation et l’apprentissage sont liées et se chevauchent, et où l’éducation et l’apprentissage des adultes ont la place qui leur est due, n’est toujours pas une idée courante chez les décideurs politiques et les éducateurs. Ce domaine est complexe et fragmenté: avoir à rectifier des choses et à lutter sur tous les fronts absorbe de l’énergie et disperse la concentration. Les ressources destinées à l’éducation restent peu abondantes et l’affectation de financements – tout comme l’attention qui lui est accordée – est dominée par la concurrence et non par un esprit de complémentarité et d’intégration.

Afin de tirer le meilleur parti du processus de suivi, il faut dans la foulée de nos activités que nous nous consacrions encore à un certain nombre de sujets et de questions critiques concernant le Cadre d’action de Belém:

  1. Le suivi n’est pas une fin en soi. Comment pouvons-nous collectivement exploiter chaque opération et élément de ce suivi, et nous en servir pour fournir un plan d’action stratégique et pragmatique ouvert sur l’avenir plutôt qu’un simple récit rétrospectif.
  2. L’élément central du suivi et l’appropriation des activités menées en la matière sont l’affaire des pays. Comment pouvons-nous veiller à ce que les processus de suivi à l’échelle nationale incluent tous les dépositaires d’enjeux – gouvernement, société civile, organismes de recherche et apprenants?
  3. La collecte d’informations et le suivi d’un domaine complexe et fragmenté posent d’immenses problèmes techniques. La question qui se pose ici est la suivante: comment pouvons-nous concevoir des indicateurs quantitatifs et qualitatifs couvrant un éventail plus large des aspects de l’éducation des adultes et de l’apprentissage tout au long de la vie, notamment en tenant compte de la qualité et de la participation?
  4. Enfin, mais par-dessus tout, l’éducation des adultes est reconnue dans le Cadre d’action de Belém comme un «élément essentiel du droit à l’éducation». Ici se pose la grande question: comment pouvons-nous contrôler si les gens ont la possibilité d’exercer leur droit à l’éducation?