Forum international de la société civile (FISC)

En marge de la CONFINTEA, des représentants de différentes organisations de la société civile se sont réunis afin de rédiger des recommandations pour la déclaration finale de la conférence.

De la rhétorique à l’action cohérente

Propositions émises par le comité de personnalités de la société civile pour renforcer la Déclaration de Belém

En ce qui concerne l’élaboration des politiques de l’éducation des adultes et leurs pratiques, la société civile a un rôle crucial à jouer quant à la rigueur du suivi et en faisant preuve d’un esprit critique dans son partenariat avec les gouvernements en la matière.

  1. Il est nécessaire que l’ampleur de la violation du droit humain social et fondamental à l’éducation des jeunes et des adultes soit reconnue. À ce titre, la CONFINTEA VI doit proclamer l’état de crise et exiger que des mesures soient prises d’urgence. L’éducation de base des adultes est déjà un droit humain justiciable et nous demandons à tous les gouvernements d’adopter des législations faisant de l’éducation des adultes dans son ensemble un droit légalement exigible.





    Photographes professionnelles
    et amateurs
    Source: Claudia Ferreira



  2. L’éducation des jeunes et des adultes est essentielle pour aider les gens, no tamment les femmes (qui sont les plus durement affectées) à faire face à des crises de tous types (alimentaires, énergétiques, financières, conflictuelles ou climatiques) pour leur permettre de se créer un avenir viable et d’oeuvrer pour l’égalité des sexes et la justice. L’éducation populaire est primordiale pour le renouveau de l’apprentissage des adultes comme moyen de changement social et politique.
  3. Chaque pays doit disposer d’une structure légale de gouvernance de l’éducation des jeunes et des adultes spécifiant la participation de la société civile, des représentants des apprenants adultes et des éducateurs aux côtés des gouvernements dans les prises de décisions. L’éducation des jeunes et des adultes doit être inclusive et diversifiée, englobant toutes les sphères de l’activité humaine et privilégiant le bien-être au lieu d’être exclusivement axée sur le développement économique. En conséquence, elle doit reposer sur des actions intersectorielles et interministérielles sur lesquelles le ministère de l’Éducation doit exercer une puissante influence (la responsabilité finale de ces actions relevant en dernier ressort de ce ministère).
  4. Il faut cesser de recueillir des informations ou statistiques simplistes basées sur la séparation artificielle entre alphabétisation et analphabétisme. Toutes les enquêtes, recherches et collectes d’informations, ou les conclusions s’y rapportant, doivent mettre en avant une continuité des niveaux d’alphabéti sation en phase avec la vie quotidienne des gens, leur travail et leurs milieux culturel et linguistique. Toutes les informations doivent être décomposées en fonction du sexe et d’autres sources potentielles de discrimination (ex. la race, l’appartenance ethnique, la classe sociale, la caste, l’orientation sexuelle, l’identité en termes de genre, l’appartenance à une génération, le handicap, la situation géographique, la citoyenneté, l’incarcération, etc.).
  5. Il faut voir dans l’éducation des jeunes et des adultes le ciment qui permettra d’atteindre tous les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). De ce fait, il faut la prioriser dans les plans nationaux et les rapports sur les progrès réalisés en vue d’atteindre les OMD. Tous les gouvernements doivent, d’ici à 2012, concevoir des plans et politiques bien ciblés avec des coûts pleinement calculés et des législations concernant l’alphabétisation des adultes et l’éducation tout au long de la vie. Ces plans doivent reposer sur des informations crédibles relatives aux niveaux d’alphabétisation et aux taux de participation à l’éducation des adultes (p. ex. sur des études nationales ré centes), et doivent, par conséquent, être envisagés comme partie intégrante de tous les plans de l’éducation et de toutes les mesures de réduction de la pauvreté. Ces plans doivent aussi faire état du rôle de l’éducation dans le changement des valeurs et attitudes, et remettre en question toutes sortes de pratiques discriminatoires, par exemple en fonction du sexe d’une personne. Enfin, ils doivent s’attaquer non seulement aux nouveaux défis de l’alpha bétisation numérique et à l’urgente nécessité de renforcer les capacités en matière de recherche et d’évaluation, mais aussi au besoin d’une formation de qualité et d’une meilleure rémunération des éducateurs d’adultes.
  6. Les gouvernements doivent calculer le coût total pour réaliser une éducation de qualité pour les jeunes et les adultes, et adopter des objectifs minimaux légalement contraignants en ce qui concerne le financement de l’éduca tion des adultes, soit au moins 6 % des budgets nationaux de l’éducation consacrés à l’éducation des jeunes et des adultes (dans tous les pays où l’alphabétisation constitue un important défi – là où au moins la moitié de ce budget devrait être investie dans l’alphabétisation). De même, il devrait être obligatoire qu’un minimum de 6 % de l’aide à l’éducation soit affecté à l’éducation des jeunes et des adultes (en tablant sur un minimum de 0,7 % du PIB réservé à l’aide au développement et de 15 % de l’aide globale à l’éducation). La communauté internationale et les organismes de financement doivent reconnaître que les objectifs n° 3 et 4 du Cadre d’action de Dakar sont aussi importants que les autres objectifs de leurs autres plans d’aide à l’éducation et doivent établir des projections précises relatives aux finance ments nécessaires pour les réaliser. Au moins dix milliards de dollars d’aide supplémentaire seront nécessaires d’ici à 2015 pour produire un effet en matière d’alphabétisation des adultes.
  7. L’Initiative de mise en oeuvre accélérée (IMOA/«Fast Track Initiative) de l’EPT doit être radicalement remodelée en une Initiative mondiale en faveur de l’éducation pour tous, exigeant de façon explicite des plans sectoriels comportant des mesures crédibles en termes d’investissement dans l’alpha bétisation des jeunes et des adultes, notamment en faveur des femmes. Cette initiative transformée devra être totalement indépendante de la Banque mondiale et se montrer largement plus ambitieuse que l’actuelle IMOA quant à l’ampleur des ressources qu’elle mobilisera.
  8. Le G20, qui a récemment renforcé l’autorité du FMI, doit remettre en cause les conditions macroéconomiques restrictives imposées (et les politiques fa vorisées) par ce dernier, qui ont ébranlé les investissements dans l’éducation pour tous. Il faut clairement exiger du FMI de faire preuve d’une souplesse plus soutenue quant aux objectifs de réduction de l’inflation et des déficits budgétaires d’ici à 2015, ce qui permettra d’augmenter de façon signifi cative et à long terme les investissements dans l’éducation comme élément essentiel pour résoudre la crise financière.
  9. Il incombe à tous les gouvernements de maximiser les possibilités d’apprentissage ouvertes à tous les gens dans leurs pays. Les gouvernements doivent aussi garantir des investissements durables renforcés de la part des individus, des employeurs et de l’État pour veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte. Nous demandons à tous les employeurs d’investir au moins 1 % de la masse salariale dans des activités d’éducation et de formation liées au travail. Toutes les ressources doivent être employées de manière ciblée pour veiller à ce qu’elles atteignent les plus démunis et les plus exclus, notamment les femmes souvent marginalisées de multiples façons. Il est important de reconnaitre qu’aucun pays n’a encore réussi à totalement répondre au défi consistant à inclure tous les gens et à modifier le profil des participants à l’éducation des adultes. Quelle que soit la situation, les apprenants adultes doivent avoir voix au chapitre en ce qui concerne la conception des politi ques et les pratiques qui les concernent.
  10. Il est nécessaire de disposer de mécanismes de suivi globaux et intra organisationnels pour veiller au respect des engagements pris. Au plan national, ceci devrait inclure les organismes publics, les universités et la société civile. Au plan international, une telle approche engloberait par exemple le comité d’assistance au développement de l’OCDE, pour le suivi de la situation de l’aide en faveur de l’éducation des adultes, l’Institut de statistique de l’UNESCO et le Rapport mondial de suivi pour la surveillance les dépenses des gouvernements, l’OMS pour le suivi de la recommandation d’augmenter de 5 % les dépenses pour la promotion de la santé et la FAO au sujet de la vulgarisation agricole. Nous demandons l’élaboration dans tous les domaines de points de référence précis d’ici à 2012 pour faciliter l’évaluation des progrès réalisés. Il est nécessaire de réaliser tous les trois ans un rapport de suivi mondial contenant des informations rigoureuses sur l’éducation des adultes, ce qui doit permettre d’analyser l’évolution des mesures adoptées pour respecter les engagements pris à la CONFINTEA et d’être utiles à d’autres activités de l’ONU (p. ex. en ce qui concerne le réchauffement climatique, le financement du développement, les droits des femmes, les OMD, la population, la migration, etc.).
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