Betzabéth Zambrana Urizacari

L’indien Evo Morales, président bolivien, a fait remarquer dans son discours d’investiture que son peuple, bien que représentant la majorité indigène, a été tenu à l’écart lors de la fondation de la Bolivie en 1825. En dépit d’une ou deux clauses constitutionnelles, la population indienne est aujourd’hui encore exclue de toutes les affaires importantes de l’État. DVV International appuie les initiatives qui visent à faire cesser cette discrimination culturelle et économique par le biais de mesures d’éducation des adultes. Parmi ces mesures, nous porterons notre attention sur les internats des régions rurales, qui combinent l’enseignement général avec une formation agricole et artisanale. Les élèves étant en majorité d’origine indienne, une grande importance est attachée à la revalorisation de la langue et de la culture traditionnelles. Betzabéth Zambrana Urizacari, directrice de l’une de ces écoles dans le nord de l’Altiplano, brosse un tableau de l’approche suivie.

Servir le peuple est la raison de lutter: une expérience d’éducation des adultes pour le développement local

Contexte

Le CETHA1 Ildefonso de las Muñecas est situé dans la communauté de Titicachi, dans la vallée interandine de la province de Muñecas, département de La Paz, Bolivie. Ce Centre d’éducation des jeunes et des adultes est soumis à la juridiction du département et du district éducatif de Chuma. Son action s’étend aux trois départements de la province de Muñecas: Chuma, Ayata et Aucapata, mais quelques étudiants de la province de Camacho participent également à ses activités.

Les habitants de cette région sont d’origine quechua et/ou aymara. La population métisse qui y réside est établie dans les capitales des différents départements et généralement constituée de personnes âgées maintenant d’étroits contacts avec leurs familles et les résidents à La Paz. Bien que peu nombreux, ces gens luttent pour récupérer leur hégémonie et le pouvoir politique sur les communautés indigènes, qui représentent la majorité de la population. La population de cette région appartient à la culture Mollo, descendante de la seigneurie, ou kuraka, de Callahuaya.

Les populations de cette région pratiquent l’économie d’autosubsistance. Le microclimat permet aux communautés de se consacrer à la culture du maïs, de la pomme de terre, de la fève et de l’oca. Elles n’ont pratiquement pas de récoltes excédentaires pouvant être commercialisées et se contentent de couvrir les besoins de consommation des foyers. En ce qui concerne l’élevage, chaque famille possède en moyenne 15 à 25 brebis et chèvres, quelques porcs et animaux de bât. Elles élèvent aussi des animaux plus petits: cochons d’Inde et poules.

Sur le plan de l’organisation et de la participation sociale aux décisions, on peut affirmer qu’en dépit de nombreux progrès, il y a encore beaucoup à faire du fait que la population est en général mal informée et qu’elle n’a ni la confiance en elle-même, ni l’autovalorisation nécessaires pour assumer des fonctions dans les municipalités ou les comités de vigilance. Ceci est également dû au fait que l’organisation sociale dans cette zone est assez faible, que les dirigeants manquent d’instruction et que l’individualisme s’accroît.

La marginalisation et la discrimination de la femme dans la région sont extrêmes, même si la situation s’améliore lentement. 85 % des femmes sont monolingues et ne parlent que le quechua.

L’offre éducative du Centre

Le Centre propose des formations en technique humaniste, et en agriculture et élevage. L’action du CETHA se déroule dans deux environnements distincts et selon des modalités différentes, en fonction des besoins et des intérêts des destinataires. L’offre se présente de la manière suivante:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Activités et approches éducatives axées sur les besoins de la vie communautaire

Les principaux éléments de l’approche éducative appliquée dans le Centre, axée sur le développement local et l’éducation communautaire, sont les suivants:

1. Calendrier éducatif en fonction des besoins

Le calendrier éducatif est établi en fonction des activités agricoles, des fêtes patronales et de la disponibilité des gens, femmes ou hommes. À partir de ces critères et des suggestions des participants recueillies au cours des évaluations, l’équipe de responsables élabore une proposition qu’elle soumet à l’assemblée pour réflexion et qui doit être approuvée lors de l’assemblée suivante. Nous avons choisi ce processus pour laisser à tous le temps d’étudier la proposition et de donner leur avis, et pour permettre aux habitants de la zone aymara et quechua de se mettre d’accord étant donné qu’ils ont des rythmes agricoles différents et qu’il est difficile de satisfaire tout le monde à la fois.

 

 

 

Des publications
produites par CETHA
Source: Betzabéth
Zambrana Urizacari

 

 

2. Cours communautaires

Les cours communautaires ont été mis en place dans l’intention de créer des espaces de réflexion conjointe sur la réalité nationale, mais aussi dans l’intention de favoriser une prise de conscience critique, car on avait constaté que les participants étaient très conformistes et très mal informés. L’image diffuse des anciens patrons qui ne permettaient ni de réfléchir ni d’analyser la situation sociale, est très présente. De sorte que chaque mois, pendant les périodes de cours en présentiel, un atelier de quatre heures consacré aux thèmes prioritaires des droits humains et de la réalité nationale est organisé.

Les déclarations de certain(e)s participant(e)s sont révélatrices de ce que cela représente pour elles/eux:

Les cours communautaires m’ont beaucoup aidé(e) parce qu’à chaque fois, je surmonte mieux la peur qui m’empêchait d’agir; je sais maintenant que nous avons tous la même valeur, j’ai compris que je suis égal(e) à ceux qui vivent autre part, j’ai une valeur en tant que personne.

Ce que nous apprenons pendant ces cours est très bien, ça m’a beaucoup aidé à m’orienter dans l’organisation de ma communauté; lorsque je faisais de la vulgarisation communautaire, j’ai fait les mêmes activités que celles nous faisons ici; ça a beaucoup plu aux gens, et nous avons commencé à réfléchir sur notre propre organisation.

Les cours communautaires utilisent par principe des dynamiques participatives différentes, le dialogue permanent permet de créer une sorte de miroir dans lequel se reflètent nos pensées et nos sentiments, et tout ceci se concrétise par du matériel de travail. L’analyse de certaines vidéos sur ces thématiques s’est révélée très utile.

3. Forums-débats en périodes électorales

Au moment des élections nationales et municipales, le Centre fait une simulation du processus électoral: on met en place des cours électorales, on crée des registres, puis on nomme les juges électoraux…, vote secret, scrutins, procès-verbaux… et enfin, toutes les étapes nécessaires à l’information détaillée des personnes choisies comme juges électoraux. Le forum est préparé à l’avance, chaque participant choisit un parti, fait des recherches et collecte des informations sur son programme. Les facilitateurs s’efforcent de fournir le plus d’informations possibles par le biais de la presse et de la radio, à l’aide du matériel des partis, de débats publics, etc… D’autres participants, avec l’appui du cours de langues, jouent le rôle de journalistes et assurent la couverture détaillée des élections. L’espace d’apprentissage et d’information qui en découle est très positif.

4. Nuits culturelles

Les nuits culturelles sont des espaces de rencontre entre différentes expressions culturelles; voici comment les décrivent les participants:

Dans le Centre éducatif ILDEFONSO DE LAS MUÑECAS, nous nous rencontrons entre participants de divers secteurs de la province pour apprendre et partager nos expériences, comme par exemple pendant les nuits culturelles, où nous participons tous de manière organisée dans différents groupes. Nous faisons revivre nos coutumes, nos danses, nos habits, les musiques autochtones et typiques de la région quechua et aymara.

Cette zone est très riche en expressions culturelles. De par son isolement et le peu de contacts qu’elle entretient avec la ville, la Province de Muñecas maintient vivantes un grand nombre d’expressions riches en contenus, mais les générations d’aujourd’hui les pratiquent sans vraiment en connaître la signification; nous avons donc organisé ces espaces pour les reconstruire et en rechercher, ensemble, le sens et la signification.

5. Cours de langue maternelle

Nous considérons comme contradictoire de ne pas consacrer autant de temps à l’étude de nos langues maternelles (aymara, quechua), qui ne sont connues que dans leurs aspects instrumentaux et fonctionnels, qu’à l’étude de la grammaire, de la syntaxe, des concordances, de la phonétique et de la littérature castillanes, et ce des études primaires jusqu’à l’enseignement supérieur. Dans un pays multilingue, ne serait-ce pas logique? Qu’entend-on par bilinguisme? Toutes ces questions ont fait l’objet de nombreuses réflexions.

En tant que facilitateurs du Centre, nous avons été impressionnés de constater, pendant les premières années d’activité du CETHA, le refus quasi-viscéral des participants de consacrer du temps à l’étude de la structure grammaticale de l’aymara ou du quechua. Pourquoi devons-nous perdre notre temps à apprendre ce que nous savons déjà? Il faut interdire de parler aymara ou quechua au CETHA, nous devons pratiquer le castillanŸ, disaient-ils.

Nous estimons que nos efforts valent la peine, car la langue est plus qu’un outil de communication; elle véhicule des structures de pensée, des cultures et une certaine conception de la vie, raison pour laquelle il est nécessaire de l’approfondir et de la faire revivre.

6. Nouveau mode de commémoration de la fondation de la Bolivie

Dans les zones rurales, la célébration du 6 août a une importance cruciale dans le domaine éducatif: c’est dans une certaine mesure à cette date que les enseignants des départements et des divisions font une démonstration de leur prestige. C’est pour eux l’occasion de montrer ce qu’ils ont appris aux élèves en instruction civique: chant d’hymnes, gymnastique, défilés et fanfares, récitation de poèmes. Dès les premières années, le CETHA a été invité à participer à la soirée et à la fête du 6 août. Après mûre réflexion, les membres de l’assemblée du Centre ont décidé d’assister au défilé vêtus de runa p’acha, vêtements typiques de la région, ainsi que le raconte le facilitateur Orlando Chura:

Le 6 août, les participants et les responsables ont décidé de porter la ‹runa p’acha›. Si le 6 août est la date commémorative de l’indépendance de notre patrie, nous avons le droit de porter nos vêtements traditionnels sans avoir honte, mais au contraire en nous sentant libres et fiers de nos origines.

Les premières fois, la communauté a été très surprise car wiphalas, zampoñas et runa p’acha étaient à l’opposé de ce qui se pratiquait lors des festivités du 6 août, journée durant laquelle tout le monde voulait au contraire manifester son intégration nationale: jeunes filles vêtues de jupes comme à la ville, jeunes gens en costumes deux pièces et lunettes de soleil… Nous sommes heureux de constater que ces dernières années, les jeunes filles des départements et des divisions assistent aux défilés vêtues de la runa p’acha, et que des wiphalas neuves viennent enrichir la fête.

7. Foires éducatives

La première foire a été très difficile à organiser car les participants refusaient catégoriquement d’y prendre part. Finalement, trois ou quatre volontaires ont fini par accepter, les autres ont assisté passivement. En l’occurrence, ce sont les facilitateurs qui ont fait avancer les choses. La réponse de la communauté a été très positive et dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage, les excédents des produits horticoles dont nous disposions à l’époque ont pu être mis en vente. Durant l’évaluation, des récompenses ont été distribuées aux personnes qui avaient participé.

Dans ces foires, des activités sont organisées dans les domaines suivants:

Le domaine de l’agriculture et de l’élevage prépare des stands équipés de maquettes et de tableaux en toile et en papier sur les thèmes de l’environnement, de la conservation des sols et de l’hygiène animale. On y vend également des produits de pépinières et des semences.

Le domaine des sciences humaines prépare un théâtre de marionnettes sur le thème des droits humains, de la situation de la femme, de la protection de l’environnement, avec une présentation du CETHA. Les journaux muraux et itinérants sont d’une grande utilité. Des jeux didactiques sont organisés pour jeunes et moins jeunes.

Le domaine de la technique fait des démonstrations, notamment en métallurgie, et profite de ses équipements pour démontrer certains travaux de ferblanterie tout en proposant les services du Centre dans le domaine de la ferblanterie, de la taillanderie et de la soudure au chalumeau.

 

 

 

 

Foire éducative
Source: Betzabéth Zambrana Urizacari

 

 

 

8. Clôtures de gestion

La synthèse des connaissances acquises pendant l’année est présentée aux Kurakas, Sullka Kurakas et dirigeants de l’ensemble du canton et des communautés. Certains membres des communautés et les familles de certains participants y assistent également. Cette activité a été créée pour mettre un terme au formalisme des procès-verbaux officiels.

Suivant un axe thématique, toutes les matières et tous les cours abordent un thème et le présentent avec objectivité. À titre d’illustration, voici un petit résumé de la dernière clôture de gestion:

Thème: l’eau, thème conjoncturel de grande importance et d’intérêt collectif.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9. Apprendre en produisant

Produire pour créer, passer de bons moments et grandir, et pas seulement pour gagner de l’argent et se faire concurrence: telle est la conception de Warisata, première école indigène qui a su se laisser aller à la rêverie et transformer la réalité complexe et contradictoire en ayant recours à ses propres moyens, le principal d’entre eux étant notre capacité de penser et de transformer.

 

 

 

 

Clôture de l’année scolaire
Source: Betzabéth Zambrana Urizacari

 

 

 

Production agricole au Centre

Produire, c’est vivre: telle est la formule motivante de Justo Pastor Condori, facilitateur en agriculture et élevage, responsable de la production agricole au Centre. De nombreux essais, de nombreuses expériences ont été tentés pour améliorer la production dans les jardins potagers du Centre. Les terres appauvries, sableuses, caillouteuses et en pente ont exigé de leur part une grande créativité, un travail coordonné et des relations horizontales pour obtenir une production capable de couvrir les besoins alimentaires. Tous, participants et facilitateurs de tous les domaines, y ont contribué. Ils n’ont jamais manqué d’idées ni de courage. Le voyage d’études à Iskanhuaya et l’observation de la technique utilisée par les anciens habitants de cette citadelle, nous ont incités à planifier un canal d’irrigation dont la construction demandait beaucoup d’efforts. Orlando Chura, technicien agricole qui a mis en route sa construction, raconte:

Pour construire 110 mètres de canal, nous avons beaucoup travaillé, cela a été dur mais la persévérance des participants du niveau avancé nous a soutenus, nous avons appris ensemble, cela leur plaît et dans une certaine mesure, ils ont été surpris que je travaille autant, voire plus qu’eux; petit à petit, ils vont changer de façon de penser et se rendre compte que nous sommes tous égaux.

L’un des essais positifs d’amélioration de la production a consisté à parceller le terrain et à faire une distribution officielle par niveaux; à chaque niveau, de petites parcelles ont été réparties entre les participants; ça a été comme un jour de fête, chacun prenant possession de son aire de productivité.

Nous présentons ci-dessous les résultats de la production de l’une de ces années pour donner une idée de la production agricole au CETHA.

 

 

 

 

 


D’autres années, la production a été plus importante grâce aux nombreux quintaux d’engrais apportés des hauteurs; les produits ont été troqués contre du maïs et des légumes. Pendant les années pluvieuses, la production baisse à cause des limaces. Pour contrôler ces dernières, des concours nocturnes sont organisés, vu que la seule façon de les contrôler est d’ordre biologique, c’est-à-dire les recueillir vivantes.

Production de petits animaux au Centre

Au début, nous avions pensé élever des porcs pour améliorer l’alimentation du Centre. Lorsque nous avons réuni suffisamment d’argent grâce à nos activités pendant les foires éducatives, nous avons acheté un cochon de lait en 1999; le but était d’utiliser les déchets de la cuisine, de pratiquer l’hygiène animale et d’améliorer la situation financière des familles en introduisant des méthodes d’élevage adéquates.

Plus tard, lors d’une assemblée entre participants et responsables, nous avons décidé d’acquérir deux cochons de lait de race Yorkshire grâce au produit de la vente du premier porcelet élevé dans le Centre. Nous avons acheté deux cochons de lait, un mâle et une femelle, à la ferme du CECAP-Escoma. Comme les résultats étaient positifs, nous avons proposé un service de saillie aux communautés. Depuis, les membres des communautés viennent régulièrement nous rendre visite avec des truies en chaleur et quand elles font de bons petits, ils nous en donnent un; ceci nous permet d’améliorer la qualité de l’alimentation dans le Centre; quant à la vente des cochons de lait pur-sang, elle nous a permis de financer l’agrandissement des porcheries et d’acheter des produits alimentaires enrichis pour les truies pleines. Comme l’affirme le technicien Justo Pastor, facilitateur en élevage et en biologie,

Cette activité est rentable, il suffit de planifier, de posséder des étables et de veiller à éviter les parasites. Divers participants ont acheté des cochons de lait et leurs familles sont très contentes, car ils grandissent plus vite que les autochtones. Les participants réfléchissent aussi aux projets productifs qu’on pourrait envisager de faire à partir de cette expérience. C’est une activité qui demande à mûrir et à être planifiée.

10. Production intellectuelle

Le CETHA Ildefonso de la Muñecas est un centre de formation pour adultes où l’on apprend en faisant et en produisant, ce qui permet d’accroître la production non seulement agricole et technique, mais aussi intellectuelle. Tous en sont capables, il leur manque seulement de la pratique. Dans les différents cours, les participants sont par conséquent incités à écrire, dessiner et créer: avec l’aide des responsables, ils conçoivent, élaborent et proposent des travaux sur les thèmes suivants: histoire de nos communautés; médecine autochtone de notre région; contes de nos communautés; journaux muraux; rédaction d’articles et de contes pour la revue semestrielle Puririsunchis; prédictions pour le temps des semailles; affiches portant des devises en quechua pour décorer les salles de classe.

Éducation à l’écologie
Source: Betzabéth Zambrana Urizacari

11. Menuiserie, coupe et confection, métallurgie

La formation en menuiserie, coupe et confection, et métallurgie, suit le principe apprendre en faisant, mais en faisant des choses utiles permettant aux participants d’améliorer leur qualité de vie. C’est sous cet aspect que nous associons théorie et pratique. Le programme est organisé en séquences en fonction des capacités et des habiletés maîtrisées.

La dernière année, les participants créent et fabriquent leurs outils manuels; en coupe et confection, ils fabriquent eux-mêmes leurs règles avec l’aide des menuisiers; ces derniers confectionnent: un rabot en bois, une équerre, un troussequin et autres outils pour monter leurs propres ateliers. En métallurgie également, les participants s’ingénient à posséder certains outils à la fin de la formation; ils ont de multiples possibilités d’installer un atelier dans leurs communautés. Plusieurs d’entre eux possèdent tous les outils de ferblanterie, car ils ne sont pas très chers. Un des diplômés a déclaré:

Grâce à cette technique, j’ai pu payer mes frais de formation, je fais de la soudure et le peu qu’on me paie m’aide toujours.

12. Planification et gestion participative

Chaque début de période administrative s’accompagne d’une planification avec l’équipe de facilitateurs, sur la base des évaluations mensuelles et de l’évaluation finale. Une grande importance est accordée à la prise en compte des contributions, des suggestions et des questions des participants.

Depuis les premiers mois de 1995, les participants ont doté leur bureau directeur de six portefeuilles: un président et cinq secrétaires, afin d’assurer une bonne coordination avec la direction et de gérer conjointement le Centre en planifiant les différentes activités.

Le bureau directeur a une grande importance pour nous, car il nous permet d’apprendre à gérer notre organisation et à être de bons dirigeants communautaires. Grâce à un service responsable, honnête et courageux qui s’emploie à défendre sans cesse nos droits. (Bureau directeur, 1995).

 

 

 

Formation professionnelle
Source: Betzabéth Zambrana Urizacari

 

 

 

 

13. Travail communautaire: Yanasi

YANASI signifie travail communautaire. Avant, du temps de nos grands parents, tous s’entraidaient, d’une famille à l’autre, d’une communauté à l’autre, que ce soit pour le buttage, les semailles, l’élevage des animaux, pour construire des maisons, des chemins ou toute autre chose dont ils avaient besoin. Mais aujourd’hui, ces valeurs culturelles d’entraide sont en train de se perdre dans certaines communautés (Niveau élémentaire)

Le travail réalisé par la communauté pour atteindre un objectif utile à tous ses membres s’appelle Yanasi, ainsi que l’expliquent les participants du niveau élémentaire; le CETHA le pratique également, mais de manière plus structurée; l’intention est d’apporter des éléments nouveaux pouvant aider à revaloriser cette pratique, qui se perd dans certaines communautés. Cette activité est devenue partie intégrante du plan opératif du bureau directeur, qui est approuvé le premier mois de cours.

Voici l’opinion de certains participants sur cette méthode de travail:

Le Yanasi réalisé est très important pour nous, parce qu’il valorise les coutumes de notre culture Quechua et Aimará.

Je suis content parce que grâce à ce yanasi, j’ai appris comment faire les travaux que je voulais faire dans ma maison; je ne savais pas comment m’y prendre mais maintenant, ils m’ont donné des idées (en ce qui concerne la construction).

Pendant le yanasi, je me suis rendu compte que les autres comptent sur moi et que je peux apporter beaucoup parce que je m’y connais bien dans le domaine de la construction; ça m’a aidé de me sentir valorisé et de pouvoir montrer aux autres ce que je sais.

Réflexions finales sur l’éducation communautaire

Notre expérience concrète nous permet de faire un certain nombre de réflexions sur le domaine de l’éducation communautaire, nos conclusions se basant sur l’éducation des jeunes et des adultes dans des environnements principalement ruraux.

  • L’éducation des jeunes et des adultes, dans le contexte local, est étroitement liée aux prestations éducatives destinées à résoudre les problèmes de la communauté; elle n’est pas uniquement axée sur les objectifs pédagogiques des différents niveaux éducatifs.
  • L’éducation communautaire, en tant qu’action éducative en faveur du développement local, est une dimension éducative fondamentale indispensable si l’on veut que le Centre fonctionne en tant que mécanisme novateur et vecteur de développement.
  • L’éducation communautaire est considérée comme une action éducative intégrale réalisée au profit de la population, et pas seulement comme un programme de formation; elle comprend: le développement de capacités organisatrices au sein de la communauté, l’instruction civique, la formation professionnelle technique, la formation humaniste, la génération de capacités permettant de résoudre les conflits et l’autonomisation culturelle.
  • L’éducation communautaire fait enfin référence à un projet éducatif global qui surmonte les divisions traditionnelles entre l’éducation formelle, non formelle et informelle. Il ne s’agit pas tant d’éduquer les communautés, que de considérer la communauté comme un sujet éducatif apportant ses savoirs et ses formes d’organisation dans le but d’initier des processus d’enseignement et d’apprentissage avec la collaboration d’enseignants-facilitateurs.

 

 

 

Réunion de la collectivité
Source: Betzabéth Zambrana Urizacari

 

 

 

Notes

1 Centro de Educación Téchnica Humanística Agropecuaria (Centre d’éducation technique humaniste pour l’agriculture et l’élevage)