Groupe de travail des femmes sur le financement du développement1

Il est temps d’agir: les femmes ne peuvent pas attendre

Un appel à fournir des réponses à la crise financière et économique mondiale, fondées sur les droits

Juin 2009

Nous, le Groupe de travail des femmes sur le financement du développement (Women’s Working Group on Financing for Development – WWG on FfD), craignons profondément que l’ébauche du document final de la Conférence des Nations unies concernant la crise financière et économique mondiale, et ses répercussions sur le développement continue de soutenir les politiques qui ont échouées et le système de gouvernance imparfait qui ont mené aux crises actuelles. Nous soulignons que la crise financière et économique exacerbe les impacts désastreux des crises mondiales de l’alimentation, de l’énergie et du climat qui ont fait croître les populations affamées et sous-alimentées, portant le nombre des personnes affectées à plus d’un milliard, majoritairement des femmes et des enfants. Nous reconnaissons que les Nations unies ont un rôle central à jouer pour s’attaquer aux répercussions de ces multiples crises et qu’il est crucialement important de renforcer la capacité de l’ONU à remplir sa mission de développement. Nous enjoignons les gouvernements à ne pas faire de cette conférence une occasion manquée de créer un consensus mondial sur un système de gouvernance économique multilatéral juste, inclusif, équitable pour les femmes et les hommes, reposant sur les droits et orienté vers le développement.

Nous enjoignons les États membres à garantir que le résultat de la Conférence ne relève pas du «business as usual», mais fournisse les ressources nécessaires et des mécanismes de suivi efficaces. Nous craignons que le G-20 se soit donné un rôle important amoindrissant celui de l’ONU en tant que forum légitime dans la résolution de cette crise.

Ce n’est que par le biais d’une approche plus inclusive que la quête de solutions pourra dépasser les doubles normes, la perpétuation du danger moral, la répartition inéquitable des ressources et les fardeaux disproportionnés imposés aux plus vulnérables. Les femmes et tous les autres groupes sociaux affectés par cette crise sont essentiels pour fournir une réponse en harmonie avec les normes et engagements internationaux en matière d’égalité des sexes, de droits des femmes, de droits humains et d’autonomisation. Une telle réponse exige les mesures suivantes:

I. Repositionnement du rôle de leader de l’ONU dans une nouvelle structure développementale, économique et financière mondiale intégrant totalement l’égalité des sexes et les droits des femmes.

  1. Renforcer l’autorité de l’ONU pour qu’elle puisse mener les réformes économiques et financières nécessaires fondées sur les droits, en faveur du développement, notamment en réponse aux questions de la politique macroéconomique mondiale, y compris de ses dimensions sociales et écologiques.
  2. Assurer que le processus de réforme de l’ONU n’ébranle pas la capacité des fonds, des programmes et des organismes onusiens à remplir leurs missions respectives pour faire progresser le développement et l’égalité des sexes, et pour protéger les acquis du développement que menace la crise économique actuelle.
  3. Assurer que soient formulées des recommandations concrètes sur de nouveaux accords fondateurs et structurels concernant le développement mondial et que soit établi une gouvernance économique et financière intégrant complètement l’égalité des sexes et les droits humains des femmes reposant sur des objectifs reconnus internationalement, y compris ceux de la Plate-forme pour l’action de Pékin, de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et des conventions de l’Organisation internationale du travail.
  4. Mettre en place des mécanismes de coopération et de suivi des interventions et des recommandations importantes de la conférence de l’ONU par l’intermédiaire des groupes de travail sur les ressources mondiales de stimulation, sur les réformes du système financier international et de sa structure, et sur les systèmes de réserve mondiaux et régionaux.
  5. Concevoir au plan mondial un ensemble de stimulations ciblant la croissance économique, la création du plein emploi productif et d’un travail décent pour préserver les acquis économiques, la protection sociale, la sécurité alimentaire et le développement humain. Toute autre ressource supplémentaire de ce type, affectée par le fonds et le cadre d’action en faveur des plus pauvres et des plus vulnérables, dont la création a été proposée par FMI et la Banque mondiale, devrait dépendre de réformes nécessaires au sein de ces institutions. Pour les pays en développement, les ressources financières disponibles devraient être suffisantes, ne pas être liées à des conditions politiques et ne pas se traduire par un accroissement de la dette.

II. Réformer immédiatement la structure financière mondiale pour gérer efficacement les pénuries de liquidité et les déséquilibres de paiements, et assurer que les réponses politiques fournies pour régler cette question n’aillent pas au détriment de l’économie des soins.

http://www.womensnet.org.za    http://www.womensnet.org.za

  1. Mettre en place un Conseil mondial de coordination économique de l’ONU qui soit transparent, responsable et au sein duquel les pays en développement soient représentés à part entière et égale, et auquel participent des organisations se consacrant aux droits des femmes ainsi que d’autres organisations de la société civile.
  2. Assurer que les pays développés remplissent leurs obligations pour accroître la quantité et la qualité de l’aide officielle au développement (AOD), y compris en s’attaquant aux effets négatifs de la crise dans les pays en développement, notamment à ses répercussions sur les pays en développement et sur l’autonomisation des femmes. L’AOD traditionnelle et un nouveau financement ne doivent pas se traduire par l’obligation de remplir certaines conditions politiques, y compris celles liées au genre, à l’environnement et aux droits humains.
  3. Mettre en œuvre des mesures nationales, régionales et internationales, et des processus respectueux des espaces politiques nationaux, garantissant le principe d’un traitement spécial et différencié, et répondant aux normes et engagements internationaux, y compris ceux concernant les droits des femmes et l’égalité des sexes. Les politiques et accords économiques devraient éloigner les pays des déséquilibres et des fossés créés par le régime de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et la réunion de Doha qui s’est soldée par un échec. Éliminer les clauses obligatoires dans l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) et les Accords sur le libre-échange (ALE) sur la libération du commerce des services financiers. Renforcer la capacité des pays en développement à employer un mélange d’outils politiques de commerce et d’investissement, qui leur sont nécessaires pour atténuer l’impact de la crise financière mondiale sur leurs économies réelles. Les pays industrialisés ne doivent pas utiliser leurs programmes de stimulations pour attribuer des subventions ou opérer des achats exacerbant les déséquilibres dans le système mondial du commerce.
  4. Annuler la dette illégitime et odieuse des pays en développement, et créer immédiatement un cadre à valeur légale au plan international pour engager un processus d’audit de la dette méthodique et transparent, et élaborer un système de calcul avec la participation des gouvernements débiteurs, d’organisations se consacrant aux droits des femmes et d’autres organisations de la société civile.

    Raquel de Guzman Castillo
    Raquel de Guzman Castillo Source: Barbara Frommann

Notes

1 Women’s Working Group on Financing for Development – WWG on FfD. Le Groupe de travail des femmes sur le financement du développement est coordonné par l’association DAWN (vers un développement alternatif qui associe les femmes pour ouvrir une nouvelle ère) et inclut les réseaux/organisations suivants: le Réseau de développement et de communication des femmes africaines (FEMNET), l’ANND (réseau arabe d’ONG pour le développement), l’AWID (association pour les droits de la femme et le développement), le FTF-GCAP (groupe de travail féministe pour l’action mondiale contre la pauvreté), le Forum politique mondial (GPF), le Conseil international de l’éducation des adultes (CIEA), le Réseau international du genre et du commerce (IGTN), la Confédération syndicale internationale (CSI), NETRIGHT (réseau pour les droits des femmes au Ghana), Red de Educacion Popular entre Mujeres para America Latina y el Caribe (REPEM), TWN-Africa (réseau du tiers-monde-Afrique), WEDO (organisation des femmes pour l’environnement et le développement) et WIDE (organisation des femmes dans le développement-Europe).

 

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